the dog around the corner

toujours un chien au coin de mon âme

12 mai 2009

C'était ma vie

Le sac était toujours préparé à la dernière minute, le matin juste avant de partir. Les tasses de nescafé, encore chaudes, pas terminées, restaient posées sur la table basse du salon. Quatre étages à descendre et puis c'était parti pour trente minutes de marche rapide, John traînant le gros sac noir informe, moi traînée par le chien. Rue des Trois Frères / Saint Lazare.
Le passage des Abbesses pour arriver sur la place, souvent vide. Les bobos n'aiment pas se lever tôt. La rue Houdon et puis les Folies Pigalle, d'où s'échappait de la musique, des effluves, où souvent les videurs étaient occupés avec des huluberlus. Cela nous amusait, savoir que pour certains la nuit continuait quand pour nous la journée commençait.
La rue Pigalle ensuite, jusqu'à l'église de la Trinité. Eglise où invariablement le Toupitou avait envie de musarder, peu réceptif  aux contraintes horaires. Peut-être pensait-il qu'on était déjà arrivés, vu que de notre point de vue quand on en était là du trajet, c'était gagné, ce train, on l'aurait.
Un petit bout de rue de Clichy, rue Saint-Lazare et hop, on y était. Pour autant on savait que le plus difficile n'était pas passé.
Arrivés dans la gare, le quai du train pour la normandie n'était évidemment pas indiqué. Il fallait donc trouver l'endroit stratégique dans la cohue fébrile pour que le chien ne fasse pas son malin, pouvoir accéder facilement à la voie quand elle serait indiquée, et si possible décompresser. Acheter un magazine, une bouteille d'eau, l'un ou l'autre s'y collait, pendant que l'autre ou l'un scrutait le tableau et calmait le chien. Et une fois qu'on savait, vite se dépêcher pour essayer d'avoir deux places non réservées et ne pas faire le trajet dans les toilettes, ce qui est déjà arrivé.
Deux heures et vingt minutes plus tard, enfin, on pouvait estimer que le week-end commençait.

Le Toupitou n'a plus mis les pieds à Paris depuis le 11 septembre 2004. Mais vendredi dernier, l'église de la Trinité a tout rappelé, en accéléré.
C'était ma vie. Je suis contente de dire c'était.

lily bauer à 17:44 - carnet de vie - [#]